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La Manif d'art 5
La biennale de Québec

Manif d'art 5, la biennale de Québec

Samedi dernier, à Québec, avait lieu le vernissage progressif de la 5e Manifestation d'art, la biennale de Québec. Lancée il y a un an sous la thématique « Catastrophe ? Quelle catastrophe ! » et affichant avec fierté une commissaire de renommée internationale, l'évènement s'annonçait chargé de promesses.

La catastrophe, donc, exploitée dans tous ses sens : dans le sens grec de « dénouement », dans le sens actuel de « bouleversement total », de « remise en question » et de « destruction des acquis ». Catastrophe aussi comme « pain quotidien des médias, des journaux à sensations ou des mégaproductions hollywoodiennes ». Le mot est utilisé par tous et partout, galvaudé, délavé de sens, alors qu'évoque-t-il encore de nouveau ? Sommes-nous conscients que, pendant qu'on nous bombarde d'explosions, de virus mangeurs de bébés et de poules sorties de l'enfer, un lent glissement vers le néant s'effectue en sourdine ? Sommes-nous tellement aveuglés par le spectaculaire que nous avons abdiqué et sommes désormais démunis de stratégies de résistance ? La culture de la catastrophe donne le droit de violer les libertés les plus élémentaires et, devant cela, nous semblons immobiles.

C'est à toutes ces questions que la commissaire Sylvie Fortin a invité les artistes à réfléchir pour partager le fruit de leurs cogitations. Ce que la Manif nous jette d'emblée en plein visage, c'est certainement le fait que la catastrophe est multiple, insaisissable et que, si nous avons fait l'erreur de croire que nous l'avions cernée, les œuvres nous détrompent rapidement.

Le défi de Sylvie Fortin était entre autres de redonner son glamour à cet évènement international qui avait perdu des plumes dans les dernières années. Le thème de la dernière édition était flou, celui de cette année est net et tranchant. Les artistes y sont moins nombreux mais, selon les organisateurs de la Manif, plus prestigieux, par exemple Patrick Altman, Luca Buvoli, Brendan Fernandes, Doyon-Demers, pour n'en nommer que quelques-uns. Et si la place faite aux artistes québécois est mince (très mince), ceux qui l'occupent le font avec brio et talent, mon coup de cœur allant à l'irrévérencieux duo Cooke-Sasseville avec son installation Mourir enfin. Triomphe. La série de dessins d'Amélie Laurence Fortin fait également partie des œuvres à retenir dans cet ensemble inégal.

Le choix du lieu principal de l'exposition par contre est un bémol retentissant, sans parler de la signalisation qui porte à confusion ! Place Québec, choisi comme lieu principal, est une espèce d'hybride entre le centre commercial et la tour à bureaux qui distille l'air déprimant d'un mouroir. La Manif occupe quelques-uns des très nombreux locaux vides, et il faut parfois de grands efforts pour faire abstraction des tapis sales, des cloisons cheap de bureaux de fonctionnaires et de la lumière glauque des néons. L'équipe technique en a tiré le maximum, mais le résultat reste souvent mitigé. Cela dit, il en faudrait sûrement beaucoup plus pour ternir la brillance de certaines œuvres. Sinon, les centres d'artistes situés dans le quartier Saint-Roch, le Musée de la civilisation, le quai Chouinard à la Place du 400e et un appartement de la rue Saint-Olivier sont parmi les autres lieux d'accueil de la biennale. Grâce à eux, la désagréable impression laissée par Place Québec s'estompe rapidement.

À travers des visions presque anodines, par le biais de récits, d'une approche scientifique ou ironique et dérisoire, les artistes de la Manif établissent un catalogue éclaté de la catastrophe dans tous ses états. Le Turc Ahmet Ogüt, qui travaille et vit à Amsterdam, soumet une proposition redoutable d'efficacité dans sa simplicité avec Things That We Count. L'installation vidéo de Brendan Fernandes The Hunting, quant à elle, cache toute l'horreur des souvenirs sous des airs de beauté et de poésie, alors que Luca Buvoli nous offre une installation impressionnante, hommage à Drive 1908 de Marinetti, qui revisite le concept du choc. À première vue, certaines œuvres semblent être à des années-lumière du thème ; avec le moindre recul, les liens fins mais indéniables apparaissent, faisant de l'évènement une réussite quant à la constance du propos.

Au fil des visites, la catastrophe s'esquisse sous la patine du subtil ordinaire : pas besoin d'avions qui explosent pour la raconter.

Pour mon plus grand bonheur, tout au moins en grande partie, un bon nombre de disciplines d'art actuel y trouve sa place : photo, installation, estampe, peinture, sculpture, art audio et... vidéo ! Il y a des œuvres vidéo magnifiques, mais j'ai été irritée par la facilité de trop d'entre elles. Je me questionne sur l'évolution de ce médium en art actuel... Notre quotidien est saturé d'images, et les clips de YouTube sont pour bien des gens la seule source d'« information ». Pourquoi alors nous gaver encore de ces mêmes images dans un contexte d'« art » ? Piste de réflexion, peut-être ?

Somme toute, une déambulation qu'il faut faire sur quelques jours pour que les œuvres puissent faire leur chemin en nous.


Catastrophe? Quelle catastrophe!
La Manif d'art 5, La biennale de Québec

jusqu'au 13 juin 2010

Manifestation internationale d'art de Québec
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