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Isabelle Demers à la Chambre Blanche
Lourd comme un cheval mort

Isabelle Demers, La Chambre Blanche

« Que je t'aimeuu que je t'aimeuu que je t'aimeuuu! »

C'est la chanson poison qui me colle au cerveau depuis qu'Isabelle Demers m'a expliquée la provenance du titre de son exposition : Lourd comme un cheval mort. C'est tiré de cette chanson horrible parait-il. Et si le travail d'Isabelle Demers est loin d'être horrible, il colle tout autant au cerveau.

En entrant dans la salle d'exposition de la Chambre Blanche, on ressent deux impressions presque contradictoires; d'un côté l'impression d'un atelier de « bricolage » d'élèves particulièrement doués et de l'autre une esthétique empruntée aux grandes tapisseries de la Renaissance. L'effet est appuyé par une sculpture placée à l'entrée de la pièce, illustrant deux chiens aux allures de lévriers, tout blancs, dressés sur leurs pattes de derrière qui jouent ou se battent, je ne suis pas certaine. Je pencherais pour le jeu. Les murs du fond sont ornés d'une immense fresque qui vient encore appuyer cette impression tandis que dans la partie gauche de la salle, maître hibou sur son arbre perché préside une improbable classe de têtes de lions, d'ours, de loups et de moufettes, posées sur une table et faites de papier mâché recouvert de cire. L'effet est déroutant, mais il ne suffit que de quelques instants d'observation pour commencer à jouir intensément de toutes les subtilités et niveaux de plasticité du travail d'Isabelle Demers.

L'artiste emprunte les techniques et les matériaux de l'artisanat; le papier mâché et pyrogravure, ce qui confère un air bon enfant à l'ensemble. Comme une innocence de contes pour enfants. Mais cette fausse innocence s'estompe très vite pour révéler une œuvre accomplie et conséquente.

J'ai pu constater comme tout le monde, qu'il s'effectue un net retour vers la peinture chez les jeunes artistes en arts visuels depuis quelque temps. Demers emprunte aussi le narratif pictural, mais elle ose un médium rarissime en art visuel (la pyrogravure), elle en transcende l'aspect « artisanal » et propose une "réelle" œuvre d'art. J'aime cette tentative de brouiller les pistes. Je prête probablement des intentions à Isabelle, mais j'y ai vu en quelque sorte un pied de nez à ceux qui se prennent trop au sérieux. J'entends dans ce travail, l'affirmation que ce n'est pas la noblesse ou la banalité des matériaux qui confèrent ou enlèvent du sérieux à une œuvre. J'ai été tout à fait séduite par le foisonnement de détails de la fresque, par la minutie de la réalisation et par les divers niveaux d'humour que j'ai retrouvé dans cette installation.

Ceux qui me lisent régulièrement savent que j'aime par-dessus tout me plonger dans une proposition et y déambuler le plus longtemps possible. Ce n'est pas toujours possible, mais dans Lourd comme un cheval mort, on peut se balader longtemps et trouver toujours de nouveaux détails, de nouvelles raisons de sourire, d'admirer, de s'étonner. L'œuvre dévoile longtemps ses détails, ses secrets et sa beauté.

Malheureusement, cette exposition arrive à la fin de la saison et il ne reste que le 25, 26 et 27 juin pour en jouir. Ne manquez pas cette visite, elle risque de vous habiter joliment le cerveau pendant un bon moment.

Isabelle Demers
Lourd comme un cheval mort

jusqu'au 27 juin 2010
à La Chambre Blanche
185, rue Christophe-Colomb Est,
Québec (Québec) G1K 3S6
CANADA
Téléphone : (418) 529-2715
Télécopieur.: (418) 529-0048


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