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Entrevue avec Alexis Bellavance de VIVA! Art action
Christian Messier Bonjour Alexis, D'abord, merci d'avoir accepté cette correspondance pour parler de VIVA! Art action, l'événement de performance qui se déroule tous les deux ans à Montréal depuis 2006. Comme tu me disais dans un autre courriel, tu es "Co-papa" de l'événement avec Patric Lacasse. Qu'est-ce qui peut pousser des artistes comme vous à rassembler plusieurs organismes pour fonder un tel événement ? Y avait-il un besoin à Montréal pour une telle structure qui présenterait et ferait connaître cette discipline qui était à ce qu'on me dit, plus associée à la ville de Québec et sa Rencontre internationale d'art performance ? Alexis Bellavance C'est lors de notre second passage à Berlin dans le cadre du 13ième congrès international d'art performance SoToDo que Théodor Diricco nous a proposé d'inviter le Congrès à Montréal. SoToDo a comme particularité de travailler de manière très démocratique, sans appel à projet, en acceptant quiconque est invité par un pair et en travaillant avec peu de moyens. Ce contexte, bien que risqué, crée une dynamique particulière qui favorise la rencontre et l'échange entre professionnels confirmés et artistes moins connus. Le choc des idées. C'est la liberté de création qui est sa plus grande motivation. Cette façon de faire, possible en Europe, l'est moins ici, au Canada. SoToDo a toujours fait une grande place à la résistance envers les systèmes. Et c'est souvent une question de ressources qui nous mène vers ces systèmes, vers les organisations. De là l'idée de passer par les réseaux établis ici, soit réseau des centres d'artistes. Patric était à ce moment administrateur au C.A du centre des arts actuels Skol et il leur a proposé l'idée. C'est lorsque Anne Bertrand est devenue coordonnatrice artistique que la chose a pu émerger, avec entre autres un C.A. qui croyait beaucoup en l'énergie de ses membres. À cette époque, La Centrale, galerie Powerhouse, tenait aux deux ans Le mois de la performance et nous avions convenu que nous serions en compétition avec eux si nous allions de l'avant avec ce projet. Nous avons alors pensé que La Centrale pourrait se joindre à Skol, ou Skol à la centrale, afin de mener ce projet. En rencontrant Anissa Hashmi, Patric a su négocier le compromis en apportant le fait que l'art performance n'était pas qu'une affaire de femmes et que la présence de cette forme d'art devait dépasser les catégorisations. Anissa, a proposé de s'occuper de contacter Catherine Bodmer, alors directrice d'Articule et Patric a proposé de prendre contact avec Mathieu Beauséjour du CentreClark et avec Jean-Pierre Caissie chez Dare-Dare Centre de diffusion d'art multidisciplinaire de Montréal. Praxis s'est ensuite joint au groupe suite à une discussion avec Geneviève Matteau, directrice générale de Praxis Art actuel. L'idée d'une collaboration devait planer sur les centres à ce moment, car tous ont sauté dans le projet dès la première édition. VIVA! est devenu avec le temps un organe indépendant qui ratisse dans le réseau, tirant depuis ses tentacules et ses rhizomes les propositions et les projets triés sur le volet. ![]() Gwendoline Robin (Belgique), 2009. Photo : Guy L'Heureux Le premier VIVA! avait, à l'instar de SoToDo, cette forme organique de l'antistructuralisme, un sens de la démesure tentant de faire un événement pas tant construit sur la cohérence sémantique que sur la présence et l'énergie disponible au moment de faire. Il faut se rappeler que ceci était au cœur de nos questionnements et c'est ce qui a engendré cette personnalité si particulière à l'événement. Aussi, il ne faut pas perdre de vue l'intention que nous avions d'axer l'événement sur la forme que pouvait prendre l'accueil. Nous avons pensé le lieu, le Bain public St-Michel, comme une terre d'accueil avec des lits, une cantine permanente, du déjeuner au repas du soir. Ainsi, nous avions installé une douzaine de lits de camp autour de la piscine, derrière de grands rideaux de scène, munis de petites lumières à LED. Nous y avions aménagé une cuisinette, refait la plomberie et les comptoirs, avons installé une salle à manger pouvant accueillir une quarantaine de personnes assises. Le lieu est devenu en lieu de rencontre, tous étaient invités à manger avec les artistes, des échanges prenaient forme allant de la simple discussion à la présentation plus formelle devant public. Le Bain public St-Michel est devenu pour la durée de l'événement un espace multidimensionnel où ont pu prendre place des discussions quotidiennes entre publics et artistes, mais aussi des interventions de nature plus intellectuelle, sans oublier la dimension festive encouragée par cet espace. Ainsi, les soirées se poursuivaient parfois jusqu'au lendemain. Le Lieu et Richard Martel ont, grâce aux Rencontres internationales d'art performance de Québec, créé un réseau, une structure et une réputation impressionnante envers la discipline. C'est aussi en partie grâce à eux que l'art performance s'est fait reconnaître au Québec. La scène était majoritairement centralisée à Québec. De là la pertinence d'élargir la diffusion du médium et d'organiser un événement à Montréal. De fait, l'événement fût si apprécié que l'idée d'en faire une biennale s'est imposée. Aussi, du fait que la Centrale avait « sacrifié » son Mois de la performance au profit de VIVA!, la récurrence de l'événement est devenue une chose nécessaire. Il est important de mentionner que nous sommes entrés en contact avec Le Lieu dès le départ, car nous y avions vu d'énormes possibilités de collaborations étant donné les dates très rapprochées entre les deux événements. Montréal a répondu vivement. Le public était au rendez-vous, tellement qu'à certains moments, l'espace du bain était bourré jusqu'aux trottoirs. Preuve qu'il y avait de la place pour un tel événement dans cette ville. ![]() Monika Günther + Ruedi Schill, (Suisse), 2009. Photo : Guy L'Heureux Christian Messier Le réseautage est très important dans le milieu de la performance, surtout pour le développement de la présence internationale des artistes. Lors des rencontres de performance, plusieurs organisateurs de festivals qui sont eux-mêmes artiste sont présents ce qui fait que les contacts se font vite. Ce réseau international a permis à VIVA! d'être initié, entre autres par le biais du congrès SoToDo, mais il a aussi permis d'inviter de très bons artistes d'ailleurs. Je pense entre autres à Gwendoline Robin, BBB Johannes Deimling, Ruedi Schill et Monika Günther, Joël Hubaut, Non Grata, YoYo Yogasmana, etc. Mais le réseautage de VIVA!, comme tu disais, c'est aussi une importante collaboration locale d'organismes établis et d'artistes, qui en mettant la main à la pâte, créent probablement du même coup une certaine appartenance à l'événement. Crois-tu que la superposition de ces deux réseaux est en partie la cause de l'énorme succès de l'événement et de son effet rassembleur. Alexis Bellavance Effectivement, le succès de VIVA! est dû en grande partie à l'exploitation de tous ces réseaux. L'art performance a cette particularité de mélanger les réseaux de façon démocratique. L'artiste devant être présent pour montrer son travail, les rencontres et les découvertes sont faciles et nombreuses. Aussi il est fréquent de voir dans un même festival / événement des artistes en début de carrière comme des artistes établis. Les réseaux se déploient de façon tentaculaire et une certaine fraternité se crée au fil des rencontres autour de la planète performance. Beaucoup d'invitations découlent de ces rencontres. Au niveau local, les centres d'artistes qui sont les racines de VIVA! ont leurs bagages d'expériences et des spécialisations bien distinctes. La participation de chacun d'eux à tous les rouages de l'événement implique un nombre important de personnes qui ont elles aussi leurs intérêts, leurs réseaux, etc. La programmation s'est étoffée naturellement grâce à ces particularités. Le mélange de tous ces facteurs a attiré un public très large dès le départ. L'approche conviviale et chaleureuse de l'événement, les soupers et la facilité de rencontrer les artistes et de discuter avec eux a fait le reste. ![]() Yoyo Yogasmana (Indonésie), 2006. Photo : Guy L'Heureux Christian Messier Y a t'il des artistes que vous rêvez d'inviter, mais qui sont plus compliqués à faire venir pour divers raisons ? Si oui, quels sont-ils ? Alexis Bellavance Il y a assurément des artistes que je rêve personnellement d'inviter comme Francis Alÿs ou Tehching Hsieh dont les travaux sont d'un éclat rare selon moi, mais bon, autant inviter Marina Abramović à siéger sur notre conseil d'administration tant qu'à bien faire. Certainement, toutes les têtes qui forment VIVA! ont des artistes qu'elles aimeraient voir à l'événement. Ceux-ci sont parfois morts, inaccessibles financièrement ou en prison, etc. Nous y allons avec nos moyens et mettons nos efforts à l'élaboration d'une programmation que nous avons tous envie de voir et de montrer. Christian Messier Un grand merci à Alexis Bellavance pour sa collaboration. Site Web de VIVA! Art actionAutres articles |
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