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Pan! Peinture/3

pan! peinture

Une entrevue récente publiée dans le journal Le Soleil avec le peintre de Québec Dan Brault intitulée Dan Brault: passer la peinture au défibrillateur posait la question de la mort de la peinture. Ce discours est selon moi celui d'historiens de l'art trop naïfs et trop isolés de la réalité, qui se croient encore à l'époque révolue du postmodernisme. Qui pourrait encore concevoir que cette pratique est morte ? Elle est seulement très vieille. Il faut ouvrir les livres de Taschen ou de Phaidon comme Vitamine P ou Art Now et les revues d'art internationales pour comprendre que la peinture est très vivante partout dans le monde. Pourtant, il y a quatre ans, il a fallu crier haut et fort au milieu artistique du Québec qu'il était temps de se réveiller et de considérer la peinture comme une authentique pratique contemporaine. Pan ! Peinture était né.

Le contexte était différent en 2006. Parce que la peinture n'était pour plusieurs que de la décoration, une discipline désuète ou le symbole de la marchandisation de l'art, cette pratique a été négligée et même rejetée comme si elle n'avait plus raison d'être. Pas assez avant-gardiste si on la compare aux nouveaux médias, la peinture n'était souvent considérée que si elle tendait vers l'installation ou servait des causes activistes. Faire de la peinture en 2006, c'était bien sûr porter le poids de sa longue histoire, complexe de plusieurs peintres devant l'immensité de cette tradition ; mais c'était surtout porter le poids de l'histoire des 30 dernières années de la condition de la peinture au Québec, des jugements indus et de la difficulté d'exposer dans certains centres d'artistes.

Le contexte en 2006, c'était aussi le symposium de Baie-Saint-Paul en pleine crise, mais surtout la disparition très brusque de la peinture, alors que l'édition précédente en avait fait une priorité. L'événement auquel tous les jeunes peintres voulaient participer en espérant lancer leur carrière devenait un festival multidisciplinaire comme bien d'autres au Québec. Les quatre fondateurs de Pan ! Peinture, dont je faisais partie, ont créé l'événement en réaction à cette disparition de notre pratique à Baie-Saint-Paul. Nous n'avions qu'un mois pour préparer notre off et 500 $ offerts par Le Lieu, centre en art actuel, parce que l'événement se passait dans ses locaux. Nous avions aussi accès à la galerie Le 36 où nous avons réalisé quatre expositions pendant le mois de travail. Et, le plus important, une dizaine de peintres ont accepté de nous suivre dans l'aventure et de produire des œuvres lors de notre symposium. Notre passion, notre rage et notre combativité nous a permis de faire beaucoup avec peu mais, il ne faut pas se le cacher, l'instabilité à Baie-Saint-Paul nous a beaucoup aidés à faire parler de nous. Disons que la conjoncture était favorable.

Quatre ans plus tard, Pan ! Peinture en est à sa troisième édition. Ce n'est plus le volet off du symposium de Baie-Saint-Paul, mais un événement d'art qui peut aujourd'hui évoluer dans la cour des grands. Il aura fallu beaucoup de bénévolat de la part des organisateurs et une deuxième édition de Pan ! Peinture avec des artistes prêts à travailler sans autre salaire que celui de montrer la vitalité de leur discipline. Paul Brunet et Guillaume Clermont, les deux coordonnateurs, entourés des membres du C.A., de la commissaire Pascale Bédard et de quelques bénévoles, ont fait un travail énorme qui a porté fruit. Cette troisième édition peut désormais payer ses artistes. C'est toute une victoire, mais elle est nécessaire : ce n'est pas vrai qu'ils peuvent vivre uniquement d'amour et d'eau fraîche. Le jury, lui aussi, a fait un beau travail. La sélection des artistes est non seulement très égale, mais aussi très variée. Certains comme Pascal Caputo ou Julien Boily flirtent avec l'hyperréalisme, alors que Péio Éliceiry exploite une aventure de création totalement formelle et non préméditée. Jinny Yu, elle, donne sens à ses œuvres picturales à même leur support, objet indissociable de l'image. D'autres encore comme Mariane Daudenet, Pierre Durette, Félix Leblanc et Isabelle Demers ont choisi d'aborder le dessin de façon très différente. Bref, ces propositions non redondantes sont, selon moi, du calibre à être présentées lors de grands événements comme le symposium de Baie-Saint-Paul ou la Manif d'art.

Oui, cette édition de Pan ! Peinture est exceptionnelle. Les artistes sont très engagés dans leur travail, et l'on peut ressentir une grande vigueur émanant d'eux. La peinture n'a jamais été morte, mais l'on peut percevoir une urgence de briser ce mythe qui existe encore. Certains des artistes m'ont conté la discrimination qu'ils ont subie de la part de certains professeurs d'université envers leur discipline, alors que d'autres ont dénoncé ouvertement les imposteurs qui imitent les grands peintres actuels, cloisonnant du même coup le Québec dans ses propres frontières culturelles et éduquant le public à aimer des recettes déjà testées plutôt qu'un vrai travail de création et de développement de démarche artistique. La peinture est très vigoureuse en ce moment au Québec, mais les conditions ne sont pas idéales pour les jeunes peintres. Encore trop peu de centres d'artistes accueillent ce genre de pratique, et les galeries commerciales sont loin d'être aussi développées que dans les grands centres comme New York, Londres ou Hambourg. Ce sont d'ailleurs ces sujets dont a discuté la première table ronde qui était animée par Ève Lamoureux et moi-même avec comme modératrice Pascale Bédard.

Si la première édition de Pan ! Peinture a trouvé sa vitalité par son message lancé au symposium de Baie-Saint-Paul concernant la disparition de la peinture, je crois qu'aujourd'hui, l'événement s'attaque à refaire une place à la peinture dans le milieu de l'art actuel québécois. François Lemieux, l'un des animateurs de la deuxième table ronde, parlait de son projet, We Left the Warm Stable and Entered the Latex Void, qui était une galerie d'art située dans son appartement n'ayant vécu que 20 mois ; il parlait de la plupart des initiatives parallèles en Europe qui ne vivent en général que quelques années avant de mourir et de laisser les organisateurs réaliser d'autres initiatives. Je pensais évidemment à Pan ! Peinture qui est encore précaire, mais qui tend peu à peu à prendre de bonnes assises. Est-ce que cet événement doit mourir un jour pour éviter de devenir comme de l'eau stagnante ? Peut-être ! Mais une chose est certaine : Pan ! Peinture a encore un gros rôle à jouer pour aider la situation de la peinture au Québec et, tant que cette discipline sera considérée désuète, cet événement aura comme raison d'être de prouver le contraire. Puisqu'il reste encore beaucoup de chemin à faire avant d'y arriver, je souhaite une longue vie à Pan ! Peinture.

Pan! peinture/3
Expérience de pensée
jusqu'au 12 septembre 2010
735, rue Saint-Joseph Est, Québec (Québec)
www.panpeinture.org/

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