Punctum arts visuels, La revue Web sur le Québec
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Souffrir en silence
Stome-Ache
Olga Chagaoutdinova à Regart, centre d'artiste en art actuel

Olga Chagaoutdinova, regart, centre d'artiste en art actuel

Se mettre en position de danger. De vulnérabilité. Participer à sa chute et y prendre plaisir. Tester ses propres limites pour mieux se comprendre. À la galerie Regart, Olga Chagaoutdinova nous propose, avec Stome-Ache, d'explorer son mal de vivre, à travers des œuvres vidéo et photographiques fort émouvantes.

Stome-Ache. Jeu de mots. Stome est dérivé du grec « stoma », qui signifie bouche. Le jeu de mots est éloquent. Souffrir et ne pouvoir l'exprimer. Devoir trouver un moyen de l'extérioriser. Le jeu de mots continue, au gré des œuvres de la galerie. Storm-Ache. Stone-Ache. Dans tous les cas, la douleur, par la tempête ou la pierre.

En entrant dans la galerie, on est accueilli par Storm-Ache, la première vidéo, diffusée en boucle. Olga Chagaoutdinova nous fait face, assise dos à la mer. La journée est grise, pluvieuse, déprimante. À intervalles déterminés par la nature, elle se fait, littéralement, fouetter et envahir par des vagues puissantes. Elle est en plein cœur de la tempête, de la tourmente. Et se doit de rester droite, le regard tourné vers l'avant, vers l'avenir, pendant qu'elle subit tous ces assauts. Elle regarde devant, mais par-derrière, un flot d'eau la submerge régulièrement. On peut y voir une métaphore de la vie ordinaire. De la force dont on doit faire preuve pour avancer, malgré tout ce qui peut nous retenir. On peut y voir une forme de courage devant l'adversité, une manière de ne pas se laisser atteindre. Oui, on peut y voir cela. Mais en même temps, on peut y voir fatalité, passivité. La même image, qui tantôt nous fait voir la force de résister, nous fait aussi voir une personne résolue à encaisser. À subir. Elle a l'air impuissante, elle a l'air d'attendre que ça passe et en même temps, elle reste droite. Dans tous les cas, la vidéo s'apparente à une performance filmée, où l'artiste se met en situation d'endurance, en position de résistance. Elle se met en danger.

La notion de danger est renforcée quand on se tourne vers Stone-Ache, deuxième vidéo de l'exposition. Celle-ci nous présente l'artiste dévalant une carrière de calcaire. On la voit, en petite robe, bras et jambes nus, rouler sur elle-même. Dans un mouvement perpétuel, la vidéo étant présentée en boucle, et le montage accentuant l'effet de répétition. Effet qui lui crée une sensation de vertige et de transe. Dans sa chute, l'artiste paraît molle. Elle s'y abandonne. En regardant plus attentivement, on constate qu'elle participe à sa propre chute. Par un petit mouvement du bassin ou du pied. Ses pieds sont arqués comme ceux d'une danseuse. Soudainement, on voit une chorégraphie derrière cette apparence de langueur.

Ce qui est fascinant dans les vidéos d'Olga Chagaoutdinova, c'est la dualité qui en émane. Lors de mon passage à Regart, j'étais accompagnée d'une amie. Là où je voyais abandon et passivité, elle voyait droiture et assurance. Les vidéos de l'artiste sont à la fois affirmation de la force et de la faiblesse. De la fatalité et du contrôle. De l'effondrement et du redressement. Et devant les œuvres, les perceptions s'alternent. Comme dans une respiration.

Pour mettre l'accent sur des moments forts de chacune des vidéos, des photos. Plutôt, des arrêts sur image. De l'artiste au plus fort de la vague, de son visage défait par le coup. De la souffrance qu'elle semble éprouver dans la chute. Des photographies qui nous présentent la violence des situations dans tout son apogée. Qui exaltent l'émotion au maximum. Si les vidéos présentaient une forte charge émotive, celle-ci est définitivement renforcée par les photos. On peut vraiment s'arrêter et contempler de plus près. Souffrir par empathie aussi.

Après cet apogée de violence, on entre dans la petite salle. On y voit une seule photo, de grand format. Stome-Ache. Celle-là même qui donne son titre à l'exposition. Seule œuvre qui n'est pas issue des vidéos. La photo nous présente l'artiste couchée au fond de la mine de calcaire. Sur un monticule entre deux zones d'eau, couleur glacier. On se dit ouf, enfin. C'est fini. On a l'impression de voir une photo apaisante, zen, avec ses tons doux. L'artiste semble dormir. Et, encore, en observant plus attentivement, on constate la raideur des jambes. La position absolument non naturelle du corps. L'artiste a l'air laissée pour morte. Elle git entre deux eaux. On réalise que du calcaire avec de l'eau, c'est dangereux. Encore, Olga Chagaoutdinova se place en position de danger. Elle teste sa force, ses limites, se met à l'épreuve. Elle est à la fois forte et vulnérable.

Stome-Ache d'Olga Chagaoutdinova est une exposition à voir pour la sensibilité exacerbée de la démarche. Pour être bouleversé. Pour apprécier la poésie et la subtilité. Pour contempler la force et l'abandon. Pour être touché et se questionner soi-même. Questionner ses propres forces et limites. À voir aussi pour la beauté, tout simplement, de ces images violentes, mais aux couleurs douces, beige, gris et bleu, qui nous laissent dans un état de contemplation fort intense.

Olga Chagaoutdinova
Stome-Ache
jusqu'au 5 décembre 2010

REGART, CENTRE D'ARTISTE EN ART ACTUEL
48, côte du Passage, Lévis (Québec) G6V 5S7
418 837-4099 / regart@qc.aira.com

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