Entrevue avec Dominique Pétrin
Fnoune Taha Artiste en arts visuels, tu utilises aussi la performance. Dans ton récent travail de performeuse, tu intègres l'hypnose au sein de ta pratique. Alors que l'hypnose a souvent été assimilée aux sciences, au paranormal et à l'univers du spectacle, peux-tu nous expliquer de quelle manière tu l'utilises ? Et pourquoi l'intégrer à une démarche artistique ? Dominique Pétrin J'ai commencé à travailler avec l'hypnose en 2008, à la suite de la rupture du groupe Les Georges Leningrad. J'étais complètement aliénée par mon expérience avec l'industrie de la musique et je cherchais une manière de me libérer d'une construction psychologique néfaste qui me bloquait dans ma création en musique. Je me suis intéressée à des formes de musique plus abstraites. La découverte de l'univers de Sun Ra (auteur-compositeur américain de musique jazz) a bouleversé mes conceptions musicales. J'avais envie de travailler avec le son d'une manière plus intuitive. En 2008, j'ai rencontré Juini Booth, le contrebassiste du Sun Ra Arkestra : je lui ai proposé de jouer avec lui sous hypnose. Après cette rencontre, j'ai approfondi mes recherches sur l'hypnose et j'ai alors commencé à pratiquer des séances d'autohypnose. En 2009, j'ai fait la rencontre de Georges Rebboh, qui a immédiatement embarqué dans mon intérêt pour l'hypnose. Nous avons alors concentré notre travail sur la relation hypnotiseur-hypnotisé. Notre première performance sous hypnose a eu lieu à Montréal dans le cadre du festival Mutek. Georges Rebboh me mettait sous hypnose et, lors de la transe hypnotique, je performais de la musique sur un piano Wurlitzer (le même que Sun Ra utilisait). Lors de notre préparation pour une seconde performance sous hypnose à Rouyn-Noranda, Georges Rebboh m'a mise au défi d'abandonner le son, l'image et les aspects visuels, afin de présenter le travail d'hypnose dans la version la plus épurée possible. Cela nous a permis d'explorer encore plus profondément cette relation d'hypnotiseur-hypnotisé et d'utiliser non pas des éléments prémédités de décor, de scénario, mais plutôt ce qui se situait dans le présent immédiat, que ce soit le mobilier destiné au public, le public lui-même ou le contexte de présentation de la performance. L'expérience fut marquante. Par contre, ce rapport au présent implique un total abandon de ses certitudes et une préparation à l'échec potentiel de l'expérience. Fnoune Taha Selon plusieurs experts de l'hypnose tels que Milton Erickson (psychiatre américain, 1901-1980), l'hypnose reste encore le seul moyen, et le plus aisé, de toucher au plus profond l'inconscient d'une personne. Est-ce que pour toi l'inconscient reste encore un nouveau territoire de création et d'exploration, un peu à la manière du courant surréaliste au XXe siècle ? Dominique Pétrin Le travail et la vie de Robert Desnos m'ont définitivement entraînée dans la voie de l'hypnose. Par contre, je n'envisage pas la perspective excitante d'un nouveau territoire de création, bien que l'hypnose me permette une liberté plus grande. Je me sens au contraire en contact avec la forme du passé, mais intégrée au présent. Fnoune Taha Dans nombre de tes expositions, on est vite interpellé par la profusion de motifs que tu réalises grâce à la sérigraphie. Aussi, les couleurs chatoyantes et les motifs intégrant tes expositions (perroquets, triangles, etc.) placent le spectateur dans un contexte où il perd bien souvent ses repères spatiotemporels. On est submergé par ce décor parfois « enfantin » mais très travaillé, avec un grand souci du détail. Également, je me demandais quelle relation tu souhaites créer avec le spectateur. Connaissant ton attrait pour le vaudou, penses-tu aussi que, tel un chaman, l'artiste conserve ce rôle de rendre visible un monde inconnu ? Qu'il reste en quelque sorte un messager ? Dominique Pétrin Dans mes installations, je cherche à provoquer une sensation physique, que ce soit par la juxtaposition de motifs aux couleurs violentes ou l'utilisation du trompe-l'œil et de l'illusion d'optique altérant la perception visuelle. Le spectateur est engagé, que ce soit dans les performances où il est utilisé (avec ou contre son gré), comme un élément du présent vertical. L'hypnose reste un phénomène de transe au même titre que la méditation, le vaudou ou les rituels de sorcellerie. Dans cet état de transe, et selon les éléments avec lesquels je me trouve (public, lieu, contexte de la performance, temps), je deviens l'antenne d'une manifestation du présent, en frontière avec le rien. Dominique Pétrin exposera à L'Œil de Poisson du 17 février au 18 mars 2012. Un grand merci à Dominique pour sa collaboration ! ![]() Photo : Dominique Pétrin ![]() Photo : Dominique Pétrin ![]() Photo : Dominique Pétrin ![]() Photo : Dominique Pétrin ![]() Photo : Dominique Pétrin Autres articles |
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