Punctum arts visuels, La revue Web sur le Québec
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Il n'y a pas que la dernière couche qui compte
Bernard Paquet à la Galerie des arts visuels de l'Université Laval

Bernard Pquet

La peinture : construction de l'esprit. Comme le résultat d'une multitude d'interventions sur la surface. Comme une série de couches, déclinables à l'infini. Avec Il n'y a pas que la dernière couche qui compte, Bernard Paquet nous propose une réflexion sur la peinture en tant qu'objet et concept.

Sur les murs de la galerie, une série de 25 tablettes. Chacune contient une œuvre faite de médium acrylique transparent et de peinture. Vingt-cinq petits objets qui se déclinent en toutes sortes de formes, de modèles et de propositions qui, s'ils sont le résultat d'un même geste, l'accumulation de couches de peinture, ont été travaillés, triturés, traités différemment. Ici, un livre nous ouvre ses pages ; là, un cube aux étages débordants ; plus loin, un ruban fin éclate en un foisonnement de paillettes de couleur. Dans tous les cas, une multitude de couches, une surface épaisse, montée, pensée et transformée. Dans tous les cas, la peinture gagne une dimension : de bidimensionnelle, elle devient objet ; elle devient presque sculpture. Et ces interventions, normalement cachées par la surface picturale, sont visibles. La peinture, on peut la regarder de tous les côtés et, de tous les côtés, elle a un sens. Une perspective. Elle allie couleur et transparence. L'effet est superbe. Toutes ces interventions sont magnifiées par la couleur et par un éclairage qui fait se déconstruire l'ombre des œuvres sur les murs.

Si les œuvres installées au mur sont intéressantes à contempler, on aime lire les titres, les lier aux œuvres, pour leur puissance évocatrice : « Comment Tiepolo peignait ses ciels », « Si Lucio Fontana avait su? », « Tranches d'illusionnisme : un secret révélé », « Types ?croisé grille? et sous-couches Mondrian ». Avec ces choix, Bernard Paquet ajoute une dimension pédagogique à son travail. À nous, profanes, il permet de comprendre le fonctionnement de la peinture, son dynamisme et sa composition. Il nous dit qu'il n'y a pas que la dernière couche qui compte, puisque toutes les autres lui amènent couleur et profondeur.

Au centre de la galerie, la « Matrice feuilletée », pièce de résistance de l'exposition. Si, pour chacune des œuvres disposées sur les tablettes, l'accumulation de couches était évidente et donnait naissance à un objet, la matrice feuilletée déconstruit littéralement la peinture. En guise de préparation à son observation, on peut voir, sur un mur, une déclinaison de ses couches en 15 dessins faits par ordinateur qui déconstruisent un paysage.

Il faut le dire : la technique de Bernard Paquet est complexe. Créer un paysage. Le déconstruire à l'aide du logiciel Painter. Reproduire chacune des couches sur des feuilles de plastique transparentes. Placer ces 15 feuilles les unes devant les autres, à une distance d'environ 30 centimètres. Le résultat ? Une peinture en trois dimensions, littéralement, observable des quatre côtés. Une peinture qui abolit toute forme de hiérarchie entre la forme et le fond, entre les plans ou entre le devant et le derrière. Une peinture qui s'apprécie mieux de côté, parce que de cette manière la profondeur n'est plus illusion, elle est réelle ; parce qu'ainsi, il est possible de voir chacune des couches pour ce qu'elle est, tout en l'observant dans son interaction avec l'ensemble. On aime tourner autour de la matrice, se pencher, regarder par les interstices, la contempler de face et de derrière, observer la manière dont l'unité de l'image éclate et se multiplie.

Il n'y a pas que la dernière couche qui compte de Bernard Paquet présente résolument une démarche intellectuelle, certes, mais qui nous permet aussi de nous perdre dans la contemplation de la beauté de la peinture, qu'elle soit objet ou construction de l'esprit.

Bernard Paquet
Il n'y a pas que la dernière couche qui compte
jusqu'au 10 octobre 2010

LA GALERIE DES ARTS VISUELS DE L'UNIVERSITÉ LAVAL
École des arts visuels - Université Laval
Édifice de la Fabrique - local 090
Québec - Canada - G1K 3G8
Tél : 418 656-7631

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