Punctum arts visuels, La revue Web sur le Québec
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J'ai terminé d'écrire ce texte lundi passé. Depuis, le dossier a évolué avec entre autres la sortie d'une lettre signée par plus de 20 artistes qui font régulièrement des jurys pour les oeuvres publiques et qui ont récemment déposé 22 recommandations pour améliorer ce système, qui dénoncent le geste de la ville. Aussi, mardi est sorti un mea culpa de Julie Lemieux, la responsable de la culture à la Ville de Québec.

Mais même si la Ville a reconnu ses torts dans ce dossier et promet que cela n'arrivera plus, il reste que le problème est beaucoup plus ancré que cela dans notre société et c'est pourquoi je tenais à quand même publier ce texte.

Merci !

Québec déco
Quand la ville choisi son art

Il n'y a pas si longtemps, l'un de mes amis, indigné par les commentaires de CHOI Radio X selon lesquels le peuple devrait avoir un mot à dire sur ce qui est subventionné, me disait que, si ce choix revenait aux communs des citoyens, les musées seraient remplis des pires quétaineries. Déjà, les artistes qui participent aux concours d'œuvres publiques font tellement de compromis que, souvent, la frontière est très mince entre l'œuvre d'art et la simple décoration. Néanmoins, le programme « des 1 % » qui consiste à consacrer 1% du budget de la construction d'un bâtiment à l'intégration d'une œuvre publique, aide plusieurs artistes à vivre un peu de leur métier, et puis c'est tout de même l'une des meilleures vitrines qu'un artiste puisse obtenir auprès du grand public.

Mais voilà que récemment était publié dans le journal Le Soleil un article concernant un concours d'art public, formé par un jury de pairs, qui s'est vu imposer le choix de l'administration municipale plutôt que celui des spécialistes en arts visuels qui formaient le jury. En effet, le sculpteur Jean-Robert Drouillard, qui avait gagné le concours, s'est vu remettre un prix de consolation, c'est-à-dire que la Ville a quand même acheté sa pièce, mais qu'elle la mettra dans un autre parc plutôt qu'à l'endroit initial. Ce compromis ne répare en rien le geste. Peut-être se pense-t-elle juste et même généreuse mais, en s'immisçant de cette façon dans ce concours, la Ville insulte la crédibilité du jury ainsi que celle de tous les artistes qui, soit dit en passant, ne pratiquent pas un passe-temps et ne sont pas des décorateurs, mais travaillent à créer notre patrimoine futur.

Pendant ce temps, ce cher maire Labeaume engage quelqu'un comme Clotaire Rapaille pour créer la nouvelle image de la Capitale-Nationale. Beau travail qui reste au niveau de l'apparence et des artifices parce que notre culture, ce n'est pas par la psychanalyse de M. Rapaille qu'elle va surgir, mais en regard de ce qui saute aux yeux.

Hélas, comme artiste, ce qui me saute aux yeux, c'est d'abord plusieurs problèmes qui nuisent à notre patrimoine. Par exemple, le fait que l'on confonde culture avec réussite internationale et gros budget. Je vois comme problème le soi-disant Musée d'art contemporain de Baie-Saint-Paul exposer le Cirque du Soleil en même temps que son symposium, comme si c'était de l'art contemporain. Je vois la peintre Corno invitée comme émissaire de l'art actuel à Tout le monde en parle. Je vois aussi des animateurs de radio populaires confondre l'estampe avec les étampes qu'on leur fait au Dagobert, quand ils passent au vestiaire, et ces mêmes personnes faire une collecte de fonds pour ériger un monument aux soldats canadiens morts à une guerre à laquelle nous ne devrions pas prendre part. Ces mêmes animateurs, inconscients des retombées de leurs paroles, continuent à pratiquer la diffamation envers les arts visuels sans que le CRTC ne juge nécessaire d'intervenir. Je vois également notre premier ministre fédéral créer une menace terroriste qui justifie un investissement dans l'armée et des coupures dans la culture. Je vois de plus l'Université Laval détruire son programme de maîtrise en arts depuis plusieurs années en acceptant trop d'étudiants, ce qui réduit la qualité des groupes et des espaces d'atelier, et en refusant de comprendre qu'on ne forme pas notre relève artistique de la même façon que l'on forme des chercheurs. Pour continuer à enfoncer le clou, des représentants municipaux outrepassent un jury de gens qualifiés parce que le choix ne convient pas à leurs goûts.

La culture à Québec, ce n'est pas seulement les Nordiques et ce n'est surtout pas le Redbull Crashed Ice, aussi impressionnant que cela puisse être. En voulant bien paraître aux yeux du monde entier, nous détruisons nos richesses et nous passons pour des imbéciles. Il faudrait commencer par nous pencher sur ces problèmes avant de nous payer un psychanalyste pour nous créer une identité toute neuve. Il faudrait aussi regarder ce qui se fait dans les milieux culturels. La Ville n'a pas besoin d'inventer une image : des gens y travaillent depuis toujours dans leur petit atelier et, une fois de temps en temps, l'un d'eux devient un Riopelle, un Pellan ou un Borduas qui fait la fierté des Québécois des années plus tard. Mais c'est aujourd'hui qu'il faut reconnaître nos futurs monuments de la culture, et je doute fort que des représentants municipaux soient les meilleures personnes placées pour cette tâche.

Jean-Robert Drouillard soulevait dans une entrevue à Chéri(e), j'arrive ! qu'il y a un danger avec l'événement qui est arrivé : si les professionnels qui forment ces jurys commencent à refuser de former des comités pour les concours d'œuvres d'art publiques, qui sera en mesure d'évaluer ce qui sera la vitrine de l'art actuel à l'extérieur des institutions ? La qualité des œuvres exposées dans les espaces publics baissera parce que les artistes de métier refuseront d'être évalués par des gens qui ne comprennent pas ce qu'ils font. On ne parle pas de décoration, ici. D'ailleurs, les jurys ne sont pas formés de designers, mais d'artistes. On parle bel et bien d'art et des traces que l'on laissera en héritage aux prochaines générations.

Richard Côté, membre du comité exécutif et conseiller de Vanier, défend la décision de la Ville comme ayant été prise par soucis historique, tout en ajoutant que la sculpture d'une cloche cadrait mieux dans ce lieu, quoique le renard de Jean-Robert Drouillard fût quand même « sympathique ». Très crédible, n'est-ce pas ? Si elle rappelle un événement passé qui est la lutte citoyenne pour préserver cet ancien lieu de culte, comme l'explique M. Côté, dans le futur, cette cloche rappellera toutefois ce scandale où des élus de la Ville se seront pris pour des spécialistes, insultant du même coup tout le milieu artistique. Or, l'auteur de cette sculpture ne souhaite sûrement pas que son projet soit considéré comme un monument décoratif et commémoratif, mais plutôt comme une œuvre d'art.

Cet événement est loin de nous indiquer la route vers les grandes capitales culturelles comme celle de Chicago qui expose fièrement ses artistes.

Ce geste est insultant !

Christian Messier

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