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ARTICLE

Nègre rouge d'Amérique
La Loi sur les Indiens revisitée, au Musée Huron-Wendat de Wendake

Musee Wendake

« Vivre en ce pays c'est comme vivre aux États-Unis » chantait Robert Charlebois, il y a bien longtemps, dans le temps qu'il était plutôt bon. Aujourd'hui, j'aurais envie de rugir que vivre en ce pays c'est parfois comme vivre dans une Afrique du Sud où l'apartheid serait propret et bien camouflé. Mais, envers et contre toutes les tentatives de camouflage, l'odeur nauséabonde d'une forme particulièrement insidieuse de racisme nous arrive enfin aux narines par le biais de l'exposition : « La Loi sur les Indiens revisitée. » Présentée jusqu'en janvier 2010 au Musée Huron-Wendat de Wendake.

Monolithique et obscure, la Loi sur les Indiens est un ensemble législatif plus que centenaire s'appliquant aux membres, gouvernements et territoires des Premières Nations du Canada, d'un océan à l'autre.* Cette loi dont la majeure partie des Canadiens ignorent même l'existence permet au gouvernement de reprendre des terres autochtones, pour cause d'utilité publique, régit les affaires financières autochtones, le commerce, l'utilisation du territoire et j'en passe. L'artiste et commissaire Louis-Karl Sioui-Picard a donc choisi de revisiter cette loi en jetant un regard lucide et actuel sur les énoncés qui la composent. Il a choisi de nous tendre une loupe ou un miroir pour que nous la voyions enfin pour ce qu'elle est.

À son invitation, 7 autres artistes autochtones se sont prêtés à l'exercice. Tour à tour, ils ont travaillé sur un article bien précis de la loi, illustrant avec efficacité toute l'absurdité et l'incohérence de cet « ensemble législatif ».

Par exemple, saviez-vous qu'il est interdit pour un non-autochtone de se trouver sur le territoire d'une réserve à moins de permission spéciale? Ce qui signifie donc que quand les autochtones décident de bloquer des routes pour empêcher l'accès à leur communauté, ils ne font qu'appliquer la loi à la lettre.

France Gros-Louis Morin, artiste Huron-Wendat, nous invite à remplir un petit sac de papier de terre prélevée sur la réserve, le genre de petit sac que l'on remplissait autrefois de bonbon à a l'unité. Trois immenses photos nous la montrent capuchonnée d'un bas de nylon en train de remplir un grand sac de terre sur la réserve. Elle viole ainsi à l'article 93. ENLÈVEMENTS D'OBJETS SUR LES RÉSERVES et pire encore, nous incite à le faire à notre tour. Imaginez-vous vous faire arrêter parce que vous serrez contre vous un minuscule sac de terre. Surréaliste non?

Louis-Karl Sioui-Picard quant à lui, s'est attaqué à l'article 91 COMMERCE AVEC LES INDIENS, qui interdit l'acquisition sans l'autorisation du ministre d':

Une maison funéraire indienne;

un monument funéraire sculpté;

un poteau totémique;

un poteau sculpté de maison;

une roche ornée d'images gravées ou peintes.

Toujours dans l'esprit du travail collectif donc, avec son œuvre À LA LETTRE, il pousse l'absurdité jusqu'à écrire aux diverses instances gouvernementales concernées afin de trouver un endroit adéquat et respectueux de la loi pour préserver une petite roche peinte reçue en cadeau visiblement par un très jeune enfant sur la réserve de Wendake. S.V.P. monsieur le ministre dites-moi comment faire pour sortir la roche de la réserve sans violer la loi. Je ne sais pas si le ministre l'a sentie passé, mais la lettre suinte l'ironie.

Absurde ce pouvoir du gouvernement sur les premières nations? Oui. Mais plus encore; étouffant, injuste, arbitraire dégradant, et surtout, SURTOUT illégitime. Le gouvernement ne possède aucun mandat des peuples autochtones.

Tout au long de ma visite, j'ai été trop souvent submergée par une violente impression de surréalisme, comme si je parcourais le scénario d'un film d'anticipation, Big Brother d'Orwell, Le procès de Kafka... quelque chose dans le genre; L'ANÉANTISSEMENT DE L'IDENTITÉ sous couvert de la légalité.

Mais les autochtones ne sont pas anéantis et le travail de ces 8 artistes le démontre bien. Dans une exposition aussi chargée de sens politique, social et historique, il m'apparaît ardu de faire une critique formelle du travail. Je n'ai pas été nécessairement touchée par toutes les œuvres sur le plan « artistique ». Certaines pièces me sont apparues empreintes de facilité dans la dénonciation, mais l'exposition n'en demeure pas moins un incontournable, une étape majeure dans le cours de l'art actuel autochtone.

Cette exposition est incontournable non seulement par la mise en lumière qu'elle fait de la Loi sur les Indiens, mais aussi parce qu'il est primordial que notre réflexion sur la réalité autochtone se fasse sur une vision plus large que la seule occupation du territoire. Avant la crise d'Oka, la plupart des Québécois se disaient heureux de vivre en harmonie avec leurs frères autochtones. Pour être plus juste, il faudrait dire que l'ignorance des uns envers les autres et la relative atonie qui sévissait faisait illusion de paix et de respect. Je me rappelle m'être dit que tout le monde était bien d'accord de laisser les Indiens pratiquer leurs rituels, reconquérir leur langue et produire leur propre théâtre et cinéma, mais que, dès que la réalité de la quête d'auto-gouvernance allait frapper, les choses éclateraient comme un coup de fusil. Puis Oka et les méchants Indiens qui bloquent les ponts et puis au fil des revendications territoriales plus sonores; la question du territoire. Et quand il est question de territoire, donc de richesses, chacun se campe et de part et d'autre de la clôture, on se regarde en chien de babiche. Mais la question autochtone ne se résume pas à qui va bénéficier de l'exploitation de la mine à Schefferville ou ailleurs.

Donc pour élargir notre réflexion, pour voir le « portrait » général, pour trouver questions ou réponses, pour visiter un endroit magnifique et pour tout ce que nous retrouvons de courage et de dignité dans l'expression de la résistance de nos frères, il faut aller à Wendake.

Et puis, avec le temps des Fêtes qui arrive, je vous suggère fortement l'achat du catalogue de l'exposition. A faire circuler dans vos familles, je suis certaine que cela donnera naissance à des conversations mémorables et à la colère de quelques beauf. en espérant que personne ne disent : « heille on parle pas de politique là, ça fait de la chicane ! »

*extrais du catalogue de l'exposition « La loi sur les Indiens revisitée»
Œuvre : Réciprocité (2008) de Teharihulen Michel Savard

La Loi sur les Indiens revisitée
au Musée Huron-Wendat de Wendake

jusqu'à janvier 2010

Le Musée Huron-Wendat

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