|
Expositions en arts visuels à Québec
autres expositions
vidéos et reportages
Cai Guo-Qiang
Gilbert and George
Jeff Koons
Damien Hirst
|
La vraie fête au refus...
Françoise Sullivan au Moulin à parole
par Catherine-Eve Gadoury
30 septembre 2009
Le manifeste du Refus global a 61 ans. On l'a fêté discrètement
l'année dernière. Mais la vraie célébration de ce texte fondateur a eu
lieu il y a quelques jours sur les plaines d'Abraham, dans le cadre du
Moulin à paroles. Françoise Sullivan, l'une des cinq signataires
toujours vivants, a lu un extrait du mythique texte de Paul-Émile
Borduas. Le silence était religieux, l'ovation spontanée et le constat
frappant : dans un paysage où la droite politique prend beaucoup de
place, les mots des automatismes sont plus que jamais actuels. L'idée
est venue de l'avocat Marc Bellemare. Ce n'est plus un secret pour
personne, Me Bellemare aime l'art et le collectionne. La lecture du
manifeste du Refus global sur les Plaines lui semblait une évidence. Ce
qui l'était moins, c'est que le texte ne soit pas lu par l'un des
membres du groupe automatiste, l'un des cinq signataires qui veillent
encore. C'est Françoise Sullivan qui a accepté l'invitation et qui a lu
sans pathos inutile ces mots d'une force inouïe : « Notre destin sembla durement fixé […]. Des perles incontrôlables suintent hors des murs […]. Lentement la brèche s'élargit, se rétrécit, s'élargit encore […].
Les frontières de nos rêves ne sont plus les mêmes […]. Le règne de la peur multiforme est terminé […]. Refus
d'être sciemment au-dessous de nos possibilités psychiques. Refus de
fermer les yeux sur les vices, les duperies perpétrées sous le couvert
du savoir, du service rendu, de la reconnaissance due. Refus d'un
cantonnement dans la seule bourgade plastique, place fortifiée mais
facile d'évitement. Refus de se taire - faites de nous ce qu'il vous
plaira mais vous devez nous entendre -, refus de la gloire, des
honneurs (le premier consenti) : stigmates de la nuisance, de
l'inconscience, de la servilité. Refus de servir, d'être utilisables
pour de telles fins. Refus de toute INTENTION, arme néfaste de la
RAISON. À bas toutes deux, au second rang ! Place à la magie ! Place aux mystères objectifs ! Place à l'amour […] ! » La
charge explosive du texte de Borduas souffle encore, 61 ans après sa
parution, en août 1948, à la très agitée Librairie tranquille de
Montréal. Le public qui était sur les Plaines le 13 septembre dernier a
applaudi longtemps. Une main pour l'artiste, bien sûr, qui a
littéralement posé les premiers jalons de la danse moderne au Québec.
Une main aussi pour les mots, étonnamment d'actualité : « Le règne de
la peur multiforme est terminé ». En 2009, on ne craint plus le péché
mortel ou les communistes, mais la prochaine pandémie de H1N1. « Refus
de se taire - faites de nous ce qu'il vous plaira mais vous devez nous
entendre ». En 2009, l'Index librorum prohibitorum (la 32e et dernière
édition publiée en 1948 contenait 4000 titres) n'existe plus, mais le
gouvernement fédéral au pouvoir propose le projet de loi C-10 qui
suggère la modification des règles de financement des productions
cinématographiques pour exclure celles qui contreviennent à l'ordre
public. En 2009, le « sauvage besoin de libération »des automatistes a
peut-être laissé place à un cruel besoin de sens. Pique-nique avec Françoise Une
rencontre s'est improvisée après la lecture. Françoise Sullivan nous a
tendu le bras pour ne pas perdre pied. Une précaution plus qu'une
nécessité parce que l'artiste de 84 ans est solide comme un chêne et
vive comme le jour. À une table à pique-nique, nous avons feuilleté une
édition originale du manifeste Refus global : — « Vous avez écrit un
texte dans le manifeste, Mme Sullivan ? — Oui, mais il n'était pas très
bon. Le texte de Borduas est puissant. Vous avez vu la portée et la
force de ces mots-là ? Quel auteur ! » L'artiste est modeste. Écrit à 23 ans, La danse et l'espoir n'a certainement pas la puissance du
réquisitoire révolutionnaire de Borduas, mais défend avec intelligence
des préceptes modernes et inédits en danse. Elle y exprime « le retour
à la pureté primitive de l'être, dernier refuge de la liberté et de la
vérité de l'art » . Françoise Sullivan a toujours été devant, loin
devant. Elle a travaillé l'installation et la performance avant la
lettre, a fait danser les couleurs sur les toiles et peint des
chorégraphies sur scène. Elle est une des meilleures sculpteures
abstraites de chez nous et ne se voit pas arrêter à 84 ans. Elle parle
d'avenir et de projets comme au temps des mardis soirs dans
l'appartement de Borduas, rue Napoléon. Ce doit être ça : « demeurer en
tangence avec l'univers ».
1 : Stéphane Aquin, Conseil des arts du
Canada, Article : Sullivan.
|
 suivez-nous sur Twitter
Publicités
Ce site a été réalisé par Punctum design Web
À propos
Inscrivez-vous à la liste d'envoi
Vos commentaires
Plan du site
Artistes auteurs des oeuvres de l'entête
- Félix Leblanc (FlexiB)
- Diane Landry
- Ève Cadieux
- Paul Brunet
- Jean-Philippe
- Christian Barré
- Guillaume Provost
- Andrée-Anne Longchamps
- Christian Messier
- Guillaume Clermont
- Isabelle Demers
- Carlos Ste-Marie
- Péio Eliceiry
- Amélie Laurence Fortin
- Émilie Bernard
Conseil Web, HTML, CSS et co.
Annuaire Visual Pagerank
|