arts visuels punctum
entete

Expositions en arts visuels à Québec

L'ŒIL DE POISSON

La colonie

L'OEil de poisson
LA CHAMBRE BLANCHE

Isabelle Demers

La chambre blanche
GALERIE DES ARTS VISUELS DE L'UNIVERSITÉ LAVAL

Expositions de fin de maîtrise

Galerie des arts visuels de l'Universite Laval
LA BANDE VIDÉ0

Johan Grimonprez

La Bande Video
VU, PHOTO

Milutin Gubash / Trevor Paglen

vu, photo
ENGRAMME

Salvatore Arancio

Engramme
GALERIE LE 36

bonnes vacances!

galerie le 36

 autres expositions

vidéos et reportages

Cai Guo-Qiang Vidéos de Cai Guo-qiang
Gilbert and George Vidéos de Gilbert and George
Jeff Koons Vidéos de Jeff Koons
Damien Hirst Vidéos de Damien Hirst

Justifier l'injustifiable
Guillaume La Brie au Lieu, centre en art actuel

Guillaume La Brie, Le Lieu, centre en art actuel

Dans ma manière de percevoir le concept d'œuvre d'art, il y a chaque fois ces deux éléments qui s'entrechoquent : une structure conceptuelle et la pure apparition des choses. En parlant de choses, j'entends « tout objet ou matière dénudé d'un sens relié à l'activité humaine ». Par exemple, avant de servir à recouvrir des murs, le gypse est une matière avec une couleur, une texture et diverses propriétés. D'un autre côté, il y a la structure conceptuelle, qui prend forme par « les liens dont seul l'être humain possède la faculté ». Par exemple, le gypse est pour nous ce matériau de construction qui recouvre les murs avant d'être cette matière grisâtre qui s'effrite facilement sous nos doigts.

La chose et le concept sont à la fois inséparables et distincts, ce qui, quand on en prend conscience, crée une constante collision entre les deux. C'est comme si le moment précis où deux choses se frappent ensemble avait été figé pour ne garder qu'une sensation d'impact qui n'arrive pas à s'arrêter. C'est cette collision qui me garde devant les éléments qui m'entourent, particulièrement les œuvres d'art.

Mais il arrive aussi, selon moi, que cette collision se fasse indépendamment de la chose, c'est-à-dire que la chose serait remplacée par autre chose. C'est le cas de plusieurs œuvres chez les artistes conceptuels où l'art est devenu l'idée de l'art. Près de chez nous, il en a été question en mai dernier au Lieu, centre en art actuel, avec la surabondance de jeux de mots de Jean-Jules Soucy. Or, j'ai l'impression que ce phénomène arrive encore une fois dans la salle d'exposition du Lieu avec l'installation de Guillaume La Brie, Les entre-deux.

La première impression que l'on a en entrant dans la salle d'exposition du Lieu, centre en art actuel, contredit mon hypothèse. Je parle de cette clôture en acier galvanisé qui, en tant que chose, dégage toute une présence. Celle-ci a aussi comme rôle de couper l'espace de la galerie en deux parties, une petite qui est celle du fond et une grande qui est le reste. Ce mur transparent est plutôt imposant étant donné la robustesse du matériau conçu pour l'extérieur, mais aussi le fait que la clôture traverse la salle d'un mur à l'autre et part du plancher jusqu'au plafond. Cet élément, qui devait servir au départ à ce que le spectateur ne pénètre pas dans la section où le risque de recevoir les débris d'un ventilateur exagérément puissant est constant, devient finalement très effectif. La clôture a de plus comme rôle de permettre deux œuvres installatives, l'une que l'on peut parcourir en marchant à travers elle, l'autre que l'on doit parcourir uniquement du regard.

Les matériaux choisis sont aussi très riches par leur présence. Des pièces sont directement découpées dans le mur de gypse, ce qui fait apparaître ce qui se cache derrière la surface blanche habituelle des murs et du même coup réapparaître la boucherie qui était là avant le lieu que l'on connaît aujourd'hui. Il y a aussi dans cette installation plusieurs objets que l'on associe vite au parfait banlieusard, comme une tondeuse électrique, un coffre à outils, des rallonges électriques dont la lanterne a été coupée et redisposée ailleurs. Ils rappellent effectivement la superficialité de ce monde où la compétition entre voisins est féroce : qui possède la meilleure antenne satellite, qui arrange le mieux ses fleurs, etc. La référence à cet univers, où avoir des pissenlits sur sa pelouse est une honte, demeure présente dans ces objets, mais ce n'est pas ce que je vois en premier. Ce que je vois, c'est encore une fois la robustesse de ces objets conçus pour l'extérieur mais présentés à l'intérieur.

Cette impression est forte et riche, mais elle s'oublie vite au profit d'un jeu qui m'inquiète : celui d'une série de devinettes. Il faudra nous creuser la tête non pas pour résoudre les énigmes et refaire le casse-tête qui nous est proposé, mais pour aller au-delà de la fin presque inévitable du pouvoir d'attraction de l'œuvre vers où ce jeu semble nous diriger. Ce que l'œuvre nous dit dès le début de son analyse, c'est que tout est relié. Nous tombons donc dans une série d'énigmes où il faut nous demander à quoi tel objet fait référence ailleurs dans l'œuvre.

Tout d'abord, il y a ce mur où est accrochée une peinture que Guillaume La Brie aurait pu acheter chez Emmaüs pour 30 $ et trouver que c'est encore trop cher. Dans ce mur sont découpés des carrés à même le gypse et, comme l'œuvre à 30 $ se trouvait là, elle a aussi été transpercée d'un carré de la même taille que les autres. Face à ce mur, un tableau d'école est découpé de manière semblable et les retailles des deux surfaces en question sont dispersées au sol pour représenter un carrelage noir et blanc. Un avion de papier repose sur ce faux plancher. En y prêtant plus attention, je m'aperçois que l'avion n'est pas fait de papier, mais plutôt de toile, la même qui a été prélevée du paysage dénaturé.

Personnellement, le mur avec la toile et les trous carrés me satisfait, mais l'œuvre ne s'arrête pas là, et j'ai un peu de mal à comprendre pourquoi on me propose tant d'éléments en me les justifiant, alors que le mur est pour moi très autonome en tant qu'œuvre.

De ce même côté de la clôture, il y a une autre œuvre que je n'ai pas encore mentionnée : un coffre à outils rouge avec un rectangle qui a été découpé et que l'on retrouve juste à côté, à la place de la plaque qui recouvre la prise de courant à l'entrée. C'est très bien fait et très juste.

Je passe ensuite à cette œuvre qui justifie la clôture. Il y a encore une fois une chaîne d'objets interreliés. Le début de la chaîne est un fil électrique branché dans le mur, qui passe par une tondeuse aussi électrique, qui est maintenue en position surélevée par des tye wraps (attaches autobloquantes), qui joignent la poignée ainsi que l'interrupteur de la tondeuse au grillage de la clôture. Par le poids de l'engin, l'interrupteur reste enfoncé, donc constamment sous tension. Des extensions relient ensuite la tondeuse à son moteur qui, lui, est fixé au plafond pour assurer sa nouvelle fonction, faire tourner un ventilateur dont les pales sont, vous vous en doutez, extraites du mur de gypse. Dans ce système, il y a une minuterie faite maison qui indique au moteur de tourner une fois toutes les dix minutes pendant quelques secondes. C'est peu mais, quand ça tourne, c'est plutôt saisissant, et l'on comprend bien le rôle premier de la clôture parce que, si l'une des pales décroche de son support, il est fort probable qu'elle soit projetée très puissamment.

Si nous prenons ensuite du recul pour avoir une vue générale, nous constatons que les trois œuvres sont reliées par d'autres indices. Le coffre à outils s'est fait extraire un rectangle comme le mur et ses carrés, alors que la plaque électrique venant du coffre fait référence à l'électricité faisant fonctionner le ventilateur trop puissant. Et ce ventilateur, il est relié aux prélèvements de carrés de gypse de la première œuvre, non pas par la forme, mais par le matériau extrait du mur pour représenter et devenir un autre objet.

Ce jeu de liens formels, sémantiques et matériels est bien amusant, mais qu'arrive-t-il lorsque le chemin a été parcouru et qu'on a tout résolu ? C'est ici qu'entre en jeu cet élément qui remplace l'effectif de la chose dont je parlais au début du texte. De quelle façon la collision qui maintient l'expérience artistique continue-t-elle à s'activer ? J'ai du mal à cerner pourquoi, mais je sais intuitivement que, malgré la forte présence des choses dans cette installation, ce n'est pas cela qui est agissant, ou disons plutôt que c'est agissant indépendamment de tous ces liens entre les éléments.

Je reviens à l'exposition de Jean-Jules Soucy, au Lieu, en mai dernier, parce que je sens qu'il y a quelque chose de commun entre les deux façons de relier des idées. On se souviendra de la façon obsessive de Soucy de toujours ramener ses thèmes récurrents comme la Baie des Ha ! Ha !, ou Marcel Duchamp, ou l'histoire de l'art dans ses jeux de mots plus ou moins tirés par les cheveux. Si chaque jeu de mots nous fait rire, une fois compris, l'effet s'arrête aussi vite. Mais ce qui nous reste de cette obsession du jeu de langage, c'est selon moi plus l'obsession que le jeu de langage lui-même.

Y a-t-il quelque chose de cet ordre dans le projet de Guillaume La Brie ? Je ne parlerai pas d'obsession comme chez Soucy, mais il y a quand même quelque chose d'actif dans le trop-plein d'interconnexions. Pourquoi justifier l'existence des choses à ce point ? Est-ce pour les faire disparaître ? Peut-être aussi que c'est pour ne garder que l'idée de l'art, comme dans l'art conceptuel. N'oublions pas que la peinture utilisée par La Brie n'est pas une œuvre, mais l'archétype de la peinture. En fait, ce que nous propose La Brie, c'est plus un système conceptuel qu'une œuvre physique. Je me risquerai même à dire que c'est l'image d'un système que nous pouvons presque regarder avec une distance, comme nous le ferions d'une carte, ce qui n'est pas sans rappeler la pensée par plateaux chez Deleuze. Mais si nous avons affaire à un pur système, quel est le deuxième élément de cette collision qui m'est si chère ? Une collision est impossible avec un seul élément.

Kant disait que la pensée, pour être fondée, devait être connectée avec le réel. C'est alors qu'il a apporté cette idée des intuitions pures que sont l'espace et le temps, pour ne garder que le concept de temps, finalement. Peut-être que la collision que je cherche dans l'œuvre de La Brie se trouve par le contact entre ce schéma conceptuel, très proche de la théorie du rhizome de Deleuze et Gattari, et une sorte d'intuition fondamentale.

Et pourtant, quand le ventilateur à moteur de tondeuse repart, il me saisit, me ramenant vite à la réalité plus que tangible de se sentir vulnérable face à une telle force d'attraction. Je me remets alors à penser à la démesure de l'idée de faire un ventilateur avec une tondeuse et des pales en gypse prélevées des murs de la galerie, d'installer une clôture en acier galvanisé, de retirer des carrés en gypse du mur, de faire une plaque de prise électrique avec un coffre à outils en métal, de relier toutes ces idées ensemble pour justifier des œuvres qui pourraient être indépendantes, et puis je me remets à penser à cette abstraction du réel que ce système crée. Quelle conclusion tirer de tout cela, sinon que choses et concepts sont très agissants chacun de leur côté, mais semblent se tourner le dos pour travailler individuellement. Je parle ici évidemment de l'effet de chacun de ces deux éléments de l'œuvre plutôt que l'intention évidente de l'artiste de les faire dialoguer.

Je cherchais quelque chose d'autre que la chose qui pourrait faire la collision avec le concept et rien ne semble émerger. Peut-être que la tension que je cherche est plutôt celle de deux éléments reliés par une chaîne tirants chacun de leur côté en espérant travailler en solo sans pouvoir y arriver. Les deux semblent se nier et pourtant, leur existence dépend de leur relation.

Encore une fois, les mots m'échappent pour arriver à résoudre cette question. Ce texte restera donc une question ouverte qui possède au moins la qualité de mettre en valeur la limite du langage des mots, limite nécessaire à faire vibrer les œuvres d'art et nous garder devant elles en se prêtant au jeu de leur donner des propriétés qui nous dépassent nous-même.


Le Lieu, centre en art actuel
345 rue du Pont, Québec
Exposition présentée jusqu'au 8 novembre 2009

Follow Punctum_Quebec on Twitter
suivez-nous sur Twitter

Publicités
Ce site a été réalisé par Punctum design Web

À propos
Inscrivez-vous à la liste d'envoi
Vos commentaires
Plan du site

Artistes auteurs des oeuvres de l'entête

  • Félix Leblanc (FlexiB)
  • Diane Landry
  • Ève Cadieux
  • Paul Brunet
  • Jean-Philippe
  • Christian Barré
  • Guillaume Provost
  • Andrée-Anne Longchamps
  • Christian Messier
  • Guillaume Clermont
  • Isabelle Demers
  • Carlos Ste-Marie
  • Péio Eliceiry
  • Amélie Laurence Fortin
  • Émilie Bernard

Conseil Web, HTML, CSS et co.
hit-parade
Annuaire Visual Pagerank

   © Punctum, revue des arts visuels à Québec / Ce site a été réalisé par Punctum design Web