arts visuels punctum
entete

Expositions en arts visuels à Québec

L'ŒIL DE POISSON

La colonie

L'OEil de poisson
LA CHAMBRE BLANCHE

Isabelle Demers

La chambre blanche
GALERIE DES ARTS VISUELS DE L'UNIVERSITÉ LAVAL

Expositions de fin de maîtrise

Galerie des arts visuels de l'Universite Laval
LA BANDE VIDÉ0

Johan Grimonprez

La Bande Video
VU, PHOTO

Milutin Gubash / Trevor Paglen

vu, photo
ENGRAMME

Salvatore Arancio

Engramme
GALERIE LE 36

bonnes vacances!

galerie le 36

 autres expositions

vidéos et reportages

Cai Guo-Qiang Vidéos de Cai Guo-qiang
Gilbert and George Vidéos de Gilbert and George
Jeff Koons Vidéos de Jeff Koons
Damien Hirst Vidéos de Damien Hirst

ARTICLE

Les oeuvres oubliées
Benoit Aquin chez VU photo

Benoit Aquin, vu photo

Les quelques articles que j'ai lus à propos de Benoit Aquin disent tous à peu près les mêmes choses, soit que l'artiste a reçu en 2008 le prestigieux prix Pictet pour la série Le Dust Bowl chinois qui est présentée chez Vu. On dit aussi que son oeuvre montre une forte préoccupation pour les grandes causes humanitaires telles que la fonte des glaciers dans le Grand Nord canadien, les crimes aux pesticides au Nicaragua ou, le sujet de cette exposition, la désertification de certains territoires en Chine. Tout le monde semble d'avis que son oeuvre est de l'ordre du reportage, ce que j'aurais également tendance à approuver.

Cependant, devant ces images, le sujet de ce reportage ne m'a jamais autant intéressé que la question de la photographie de reportage elle-même, c'est-à-dire celle sur la manière dont de telles oeuvres deviennent oeuvres d'art à partir d'une simple capture du réel.

La première photographie de Benoit Aquin que j'ai vue est celle du camion bleu dont une roue est en feu. Elle était sur mon écran d'ordinateur, isolée des autres oeuvres du corpus et de toute autre information sur l'artiste, sa démarche et l'idée reliée au projet Le Dust Bowl chinois. Qu'y a-t-il dans cette image ? Ce qui me saute aux yeux, c'est le camion dont la cabine bleue fait contraste avec les tons bruns et beiges de l'image. Cet endroit semble plutôt désertique, ce qui cause cette dominante de teintes. Mais ce qui me préoccupe le plus, ce sont les quatre personnages très présents dans la composition de l'image. L'un des quatre pellette du sable pour éteindre le feu, deux autres montent la côte qui mène à la route, dont un a les deux mains réunies dans le dos et finalement un dernier, qui est plus rapproché du photographe, regarde la scène, les mains dans les poches. Ils nous tournent tous le dos sauf le pelleteur qui est de profil et un peu accroupi.

Ce qui m'a captivé dans cette image, c'est la composition très équilibrée, les agencements de couleurs très riches, l'étrangeté de la scène et, surtout, la justesse et la force de l'image. La mise en valeur très accentuée des qualités picturales de cette image m'a vraiment étonné. Ce que je me suis demandé ensuite, c'est si la scène avait été prise sur le vif ou si tout avait été arrangé et composé volontairement. Les éléments sont si bien disposés qu'une certaine théâtralité s'installe. Apparemment, et dans la logique du reportage, cette image a été prise sur le vif. Elle est probablement la meilleure parmi des dizaines d'essais, ce qui expliquerait la justesse de la composition, mais cette hypothèse ne me satisfait pas. Aussi me faudra-t-il aborder le corpus au complet pour me faire vraiment une idée.

Quelques autres photographies du corpus partagent cette même ambiguïté de la scène prise sur le vif qui se transforme en véritable mise en scène. Dans « Tempête à Hongsibao », un homme marche de façon trop décontractée, presque avec l'attitude d'un cow-boy, alors que la posture des autres personnages semble affectée par la violence du vent qui emporte aussi les déchets de la ville. Mais la plus théâtrale des images est probablement celle où l'on voit la statue de Gengis Khan effacée par la poussière. À travers l'inquiétante absence de vie de ce décor construit par l'homme apparaît, lorsque l'on observe mieux l'image, un petit groupe de personnes sur le trottoir avec chacune une pelle à la main, se protégeant du vent dans une position exagérée. Que font-elles là, sur un coin de trottoir, comme si elles attendaient que le feu de circulation devienne vert, alors que le paysage est à peu près désert et, de toute façon, sans l'indice d'un éventuel véhicule ?

Ces exemples me fascinent et me ramènent toujours à cette distinction entre la photographie comme empreinte d'un réel non organisé, du moins dans le cas de la photographie de reportage, et les disciplines où chaque intervention est une décision, même dans le cas de l'accident. La photographie capture tout ce qui est dans le cadre et ne peut faire autrement, alors que les autres disciplines, qui n'utilisent pas le concept de capture, ne placent dans l'oeuvre que ce qui est nécessaire au sens de l'oeuvre. Mais si la caméra imprègne tout ce qui se trouve dans son champ de vision et que les scènes ne sont pas préarrangées, comment ces images peuvent-elles être si organisées ? Peut-être peut-on affirmer qu'il y a souvent une espèce d'organisation naturelle de l'espace et qu'il ne s'agit que de bien la capter ? Disons qu'un bon photographe sait saisir de bonnes images comme un bon peintre sait placer les bonnes couleurs. Mais cela ne règle pas la question de la théâtralité dans les oeuvres d'Aquin.

Revenons au reportage et prenons comme exemple les reporteurs de guerre. Nous avons tous déjà vu des photographies prises lors de la guerre du Vietnam. Nous avons tous vu ces regards de soldats paralysés par la peur ou dépassés par les événements, des civils victimes de bombardements ou des enfants orphelins. Le désir du reporteur-photographe de guerre est sans doute de montrer quelque chose de vrai et d'authentique par la capture, par exemple, d'une expression intense en émotions ou d'un paysage dévasté par la folie humaine. Ce spectacle, il nous touche et nous y croyons. Non seulement y croyons-nous, mais il est ce que nous voyons, et c'est justement la force de ces images d'avoir capté ces empreintes de moments chargés d'une densité hors du commun. Par la photographie de reportage, nous sommes directement liés à l'événement que nous voyons, car nous savons qu'il s'est réellement passé. En fait, nous sommes liés à un moment mis en relief, et l'image nous propulse dans le passé afin que nous touchions ce moment.

Mais dans le cas des photographies de ce corpus de Benoit Aquin, je n'ai pas l'impression d'être emmené dans un ailleurs physique et temporel, mais au contraire d'être face à un objet qui me garde là, participant à l'événement de sa propre existence. Ce que je veux dire, c'est que ces images n'existent comme oeuvres que par mon regard qui les regarde et ma pensée qui les pense. Elles ne m'amènent pas ailleurs, elles m'emmènent dans leur propre dévoilement en tant qu'oeuvres, et la qualité du travail d'Aquin sait me retenir dans l'ouverture de ces mondes à la fois narratifs et phénoménologiques.

Posons donc une fois de plus la question : le corpus présenté à Vu est-il de l'ordre du reportage ? Selon moi, le travail du photographe a été fait à la manière d'un reportage avec les préoccupations d'un reporteur, mais ces oeuvres ne reportent pas le Dust Bowl de la Chine sur les murs de la galerie. Ce que ces images reportent, tel un calque reportant un dessin, c'est la couleur de la poussière et d'autres objets ; ce sont des figurants chinois, des véhicules et des terrains vagues capturés par l'appareil sur le terrain chinois. Ce qui est reporté finalement par ces images, ce sont les choix de prises de vue d'un photographe de talent.

Devant les oeuvres de Benoit Aquin, je ne me suis jamais senti devant les préoccupations de l'homme face au destin de l'existence de la vie sur terre, mais devant des oeuvres et le dévoilement de leur propre existence.


Le Dust Bowl chinois
VU
Du 4 septembre au 4 octobre 2009

site officiel de Benoit Aquin
Follow Punctum_Quebec on Twitter
suivez-nous sur Twitter

Publicités
Ce site a été réalisé par Punctum design Web

À propos
Inscrivez-vous à la liste d'envoi
Vos commentaires
Plan du site

Artistes auteurs des oeuvres de l'entête

  • Félix Leblanc (FlexiB)
  • Diane Landry
  • Ève Cadieux
  • Paul Brunet
  • Jean-Philippe
  • Christian Barré
  • Guillaume Provost
  • Andrée-Anne Longchamps
  • Christian Messier
  • Guillaume Clermont
  • Isabelle Demers
  • Carlos Ste-Marie
  • Péio Eliceiry
  • Amélie Laurence Fortin
  • Émilie Bernard

Conseil Web, HTML, CSS et co.
hit-parade
Annuaire Visual Pagerank

   © Punctum, revue des arts visuels à Québec / Ce site a été réalisé par Punctum design Web