Retour sur l'automne 2009 en arts visuelsDéjà une première saison de terminée pour Punctum ! Ce fut beaucoup de travail et d'apprentissage, mais surtout beaucoup de grandes satisfactions. Plus de 7000 visites ont été enregistrées, et je peux dire que j'en suis très fier. Plusieurs personnes ont collaboré au succès de cette revue dont vous, chers lecteurs, et je vous en remercie. Punctum prend donc des vacances bien méritées pendant les Fêtes, mais pas sans faire une petite revue de cette dernière saison. Il y a de nombreux événements que nous n'avons pu couvrir. Je me mords les doigts en repensant à certains d'entre eux. Je souhaiterais donc faire ce retour sur la saison d'automne 2009 pour au moins mentionner quelques-uns de mes coups de cœur. Je ne pourrai certes aller en profondeur, mais je tiens à souligner le travail de ces artistes. Punctum a commencé son existence en force en août par une entrevue de Catherine-Eve Gadoury avec Diane Landry qui ouvrait l'automne à L'Œil de Poisson. C'est une très intéressante entrevue audio, d'ailleurs. Cependant, cette exposition aurait aussi mérité une couverture. Le corpus de Diane Landry comprenait trois œuvres : une installation accompagnée d'une vidéo dans la grande galerie et une autre installation dans la petite galerie. Le projet majeur, si je peux m'exprimer ainsi, était une sorte de parc de grandes roues miniatures faites de bouteilles d'eau minérale installées sur des structures de métal. Dans chaque bouteille, il y avait une lumière qui s'éteignait dès qu'une petite quantité de sable versée l'engloutissait. Ce qu'il y avait d'admirable, c'était que la simplicité de l'idée équivalait à sa grande efficacité. Aussi, la lumière des manèges s'imprégnait sur les murs de la galerie, ce qui donnait au petit groupe d'objets une prise de l'espace presque complète. Le spectacle était d'une grande beauté : le mouvement du sable qui venait étouffer la lumière des bouteilles se retrouvant la tête en bas et le son ainsi produit créaient une image très poétique qui est restée imprégnée dans ma mémoire. J'aimerais aussi mentionner l'œuvre de la petite galerie. C'était une mise en scène minimale jouée par des fers à repasser assemblés avec des éléments de grille-pain. Les objets éclairaient graduellement la pièce, d'abord obscure, et s'éteignaient après un long laps de temps. Encore une fois, la grande simplicité des idées n'a fait qu'accroître ma fascination. Autre exposition intéressante : celle de Thomas Bégin qui s'est produite au Lieu, en septembre. Axée sur le son, l'installation proposait six engins qui ressemblaient à des bétonnières et qui faisaient un vacarme d'enfer. J'avoue que je m'attendais à une plus grande subtilité sonore, à plus de variations et à une plus grande richesse mais, après réflexion, je crois que l'installation proposait autre chose : c'était plus corporel, au sens où notre corps était en contact avec l'impressionnante et menaçante rotation de ces rondelles de plastique qui produisaient le son amplifié dans les caisses de résonance en contreplaqué de forme polygonale. Cette sensation me rappelait l'expérience vécue face aux sculptures en acier d'un pouce d'épais de Richard Serra, qui tiennent en équilibre avec presque rien. Nous nous sentons tellement vulnérables face à la puissance physique de ces matériaux et, pourtant, c'est ce même sentiment qui nous garde accrochés à l'œuvre. Passons maintenant à La chambre blanche qui présentait l'artiste français John Cornu. Celui-ci proposait une structure, comme celle de murs mais en plus large, qui traversait la galerie. Les planches verticales de cette structure avaient été sablées patiemment durant la résidence jusqu'à en sectionner les planches ou à n'en laisser qu'une mince portion. On aurait dit du bois brûlé. Mais ce qui était le plus étonnant, c'étaient les communications entre l'artiste et un ébéniste québécois aveugle ayant accepté de faire des cadres pour le projet. Je ne sais pas si cette communication est encore accessible mais, si oui, je vous la recommande fortement. Chez Lacerte, je crois qu'il fallait à tout prix assister au retour de Don Darby que l'on n'avait pas vu depuis longtemps. La majorité des œuvres qui représentaient des animaux était faite de fils de soudure. En fait, Don Darby a une technique très particulière. Il laisse la tige qui sert à souder sortir du pistolet de soudage MIG. Quand cette tige touche le métal de la sculpture en construction, son extrémité fusionne avec lui et le fil se sectionne à l'embouchure de la soudeuse. Je crois que cette technique lui est propre. Il est du moins reconnu pour celle-ci. Il y avait de très belles sculptures de métal, mais j'avoue avoir été plus touché par les dessins et, surtout, le petit rhinocéros en béton. Malgré le peu de présence du travail de Don Darby dernièrement à Québec, ces œuvres étaient la preuve que le sculpteur avait du métier derrière lui. À La Bande Vidéo, Rachel Echenberg présentait une installation composée de trois moniteurs formant un cercle au milieu duquel le spectateur devait choisir l'écran à regarder, tournant le dos du même coup aux deux autres. Sur ces écrans, des visages presque immobiles, laissant croire qu'ils regardaient la télévision à cause de l'éclairage changeant, se transformaient lentement en laissant couler quelquefois des larmes, des saignements de nez ou de la sueur. Le spectateur regardé offrait à voir ses expressions faciales naturelles et des phénomènes corporels qui, eux, sont créés artificiellement (par exemple, des oignons coupés pour faire pleurer). Ce passage entre l'authenticité des expressions involontaires du visage et les sécrétions créées artificiellement, tout en déjouant élégamment le jeu théêtral (sauf dans un cas), donnait à cette œuvre, selon moi, tout son sens. Mes coups de cœur J'ai quatre coups de cœur pour la dernière saison, dont trois que Punctum a couverts. Le premier est l'exposition de Benoît Aquin chez Vu qui fut une piste de réflexion très stimulante pour l'écriture, mais aussi un corpus d'œuvre qui m'a tenu captivé, pour ne pas dire en captivité, devant la force attractrice des images. Les deux autres sont les deux expositions de Marcel Jean, la première à la galerie Le 36 et la seconde à la Galerie des arts visuels de l'Université Laval. Malgré les thèmes picturaux très proches, pour moi, deux approches de la peinture totalement différentes furent exploitées. Il me semble que les trois immenses tableaux de la Galerie des arts visuels dégageaient une imposante présence qui venait vers nous, alors que ceux du 36 étaient beaucoup plus intimes. Ils étaient moins une expérience de corps à corps qu'un monde où s'aventurer. Ce qui est drôle, c'est que, vu comme cela, il faudrait inverser les titres des deux présentations qui étaient Ãtre corps et Choses du monde. Pour approfondir la réflexion à propos de ces deux expositions, je vous conseille de relire les textes de Julie Gagné qui a su si bien en parler. Et puis, il y a Benoît Blondeau, toujours en peinture, qui nous a donné à voir quatre tableaux absolument incroyables. Les choix d'interventions picturales étaient d'une inventivité et d'une précision renversantes. Bien sûr, il faut mentionner son utilisation du patchwork ou, pour le dire en bon français, ses toiles faites de pièces de tissus cousues ensemble et tendues sur des cadres. C'est probablement cette technique qui a donné un schéma de base et qui a influencé sa façon de créer des formes. Ce qui était étonnant, c'était la grande unité entre cette technique et la présence physique de la peinture. Par la justesse et l'impact de ses tableaux, Benoît Blondeau a su renouveler, tout comme l'a fait Marcel Jean, l'expérience de cette forme d'art qui porte le poids de son histoire. Enfin, même si cette exposition n'a pas été présentée à Québec, il serait regrettable d'oublier la présence de BGL cet automne à la Parisian Laundry à Montréal. La galerie présentait une énorme rétrospective qui remplissait les trois étages de l'immeuble. Humour cynique et idées démesurées, tout cela était au rendez-vous avec, de plus, la présence douteuse au vernissage d'un mime déchu en puissance et d'un guitariste qui, si je me rappelle bien, jouait du Bach en boucle. Comme le dit l'adresse de son site Internet, bravo BGL ! À venir pour la prochaine saison Si la première saison de Punctum fut une aventure vraiment stimulante, la prochaine promet d'être encore plus intéressante et dynamique. Premièrement, le design des pages du site sera repensé et illustré par des artistes de Québec. Il y aura aussi de nouvelles sections, dont des portraits d'artistes d'ici sous forme d'entrevues avec Catherine-Eve Gadoury et de nouveaux collaborateurs. De même, Punctum aura sa chronique à l'émission Chérie j'arrive dès le 4 janvier 2010. Cette apparition à l'émission prendra la forme d'un calendrier et de suggestions de sorties culturelles. Ce sera un pas de plus pour faire connaître le petit, mais très riche monde des arts visuels à Québec. Aussi, depuis la semaine dernière, la page d'accueil de Punctum présente des vidéos d'artistes contemporains. Certaines sont des pièces historiques, d'autres des projets récents. En fait, l'objectif est de présenter un artiste par semaine. Le dernier était Roman Signer, celui de cette semaine est William Wegman et d'autres viendront, et ce, même pendant les vacances de Noël. Je vous souhaite de joyeuses fêtes ! Christian Messier |
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